La commune

La commune, La tour d'Aigues

La Tour d’Aigues : aperçu de l’histoire du village des origines à la Révolution

Le territoire du village a connu une occupation très ancienne : des fragments de poterie néolithique et protohistorique (âges du bronze et du fer) ont été trouvés en différents lieux et quelques sites de l’Antiquité romaine ont été repérés : « villae » gallo-romaines sans doute.

Le musée Calvet d’Avignon conserve un autel dédié à Mars Belado découvert à La Tour d’Aigues …mais, jusqu’à aujourd’hui, aucune fouille scientifique n’ayant eu lieu, on en est réduit à ces constatations.

Il en est de même pour la longue période du Haut Moyen Age…seules les fouilles menées sur une petite nécropole rue de la Verrière attestent d’une occupation vers le VIIeme siècle.

C’est seulement à partir du XIeme siècle que les archives nous donnent quelques indications précises.

Au XIeme siècle, en 1018, le nom de « Turris » apparaît, comme possession d’un certain Béranger, vicomte d’Avignon.

En 1096, un document du pape Urbain II mentionne l’église et le prieuré Notre-Dame de Romégas appartenant au chapitre des chanoines réguliers de Saint-Ruf d’Avignon. Cette église, qui est l’église paroissiale, est alors séparée du village : elle se situe dans la campagne (« Romégas » voudrait dire « dans les buissons » ?) à une centaine de mètres au nord des habitations. Le village est né, en effet, sur la falaise qui surplombe la vallée de l’Eze, bien placé sur la hauteur dominant la rivière. Ce n’est alors qu’un petit ensemble de maisons groupées, prudemment, autour de la « Tour » de Béranger. Cette situation d’une église paroissiale isolée dans la nature n’a rien d’étonnant à une époque où, d’une part, le caractère sacré du bâtiment le met à l’abri des attaques et où, d’autre part, l’espace sécurisé par les constructions fortifiées est très réduit et donc réservé à ce qui est le plus vulnérable (on trouve, dans la région, d’autres exemples de ce type d’implantation de l’église séparée du premier village). Au sud de l’église se trouve, comme c’est alors l’usage, le cimetière au lieu de la place actuelle. Quant au « château », ce n’est encore qu’une tour, peut être en bois à l’origine, cette « Turris » de Béranger, située sur l’escarpement, vers la rue appelée encore aujourd’hui « du vieux château ».

A quel moment cette « Tour », qui donna son nom à notre village, fut elle déplacée vers l’extérieur, sur le site du château actuel ? On ne le sait pas exactement. Au XIIeme siècle, la Tour d’Aigues fait partie du Comté de Forcalquier. La limite entre les Comtés de Forcalquier et de Provence, longtemps rivaux, est alors à peu prés la Durance et leur union se réalise par le mariage, décidé en 1193, de Garsende de Forcalquier avec Alphonse II de Provence. L’on sait qu’en 1240 la seigneurie de La Tour d’Aigues appartient à la famille de Sabran, une des plus anciennes familles de la noblesse provençale apparentée, justement, aux comtes de Forcalquier et dont une autre branche est installée à Ansouis.

Les Sabran demeurent seigneurs de La Tour d’Aigues jusqu’au début du XVeme siècle et commencent la construction d’un nouveau château qui se limite, en fait, à une grande tour fortifiée, le donjon actuel, à l’extérieur du village. Quant à l’ancien château (la « Tour » de Béranger) il tombe lentement en ruine et est remplacé par des habitations : il n’en reste rien aujourd’hui, si ce n’est le site.

Peu à peu, le village s’étend face, maintenant, au nouveau château. Il eut, sans doute, plusieurs enceintes successives au fil des agrandissements mais rien ne nous en est parvenu avant la muraille dont des fragments et deux portails d’entrée sont encore visibles aujourd’hui. Elle englobe alors le prieuré et l’église Notre-Dame de Romégas. Cette enceinte, la dernière, remonte vraisemblablement à la deuxième moitié du XIVeme siècle.

Le XIIeme et le XIIIeme siècles sont des périodes de calme et de développement : en témoignent l’extension du village et la construction d’une grande église de style roman : la nef, l’abside et la première chapelle latérale à droite du choeur datent de cette époque et sont la preuve, tant par leur ampleur que par le soin apporté à leur construction, d’une réelle prospérité. Quant à l’église antérieure, dont nous connaissons l’existence par les textes, il n’en reste rien.

Le XIVeme siècle, par contre, au moins dans sa deuxième moitié, est un âge de troubles et de malheurs. Dès 1348 la terrible « peste noire » frappe l’Occident et le Pays d’Aigues n’est pas épargné, puis surviennent les désordres liés à l’affaiblissement du pouvoir politique. En France, cette période est celle de la guerre de Cent ans. La Provence, elle, subit le passage de bandes de « routards », ces mercenaires pillards, dont le fameux Arnaud de Cervole, dit l’Archiprêtre, qui avec ses « Gascons » met la région à feu et à sang : son passage est attesté à Pont Saint Esprit et à Avignon et l’on sait qu’il séjourna à La Tour d’Aigues grâce à une lettre qu’il en expédia le 30 mars 1358. C’est aussi la guerre civile, autour de la succession de la reine Jeanne 1ère, qui ensanglante le pays : notre région est dévastée par les troupes du tristement célèbre Raymond de Beaufort, vicomte de Turenne, seigneur-brigand, basé à Pertuis, qui ravage le Pays d’Aigues pendant plusieurs années et La Tour d’Aigues, en particulier, en 1391. Il n’est pas étonnant, donc, qu’une nouvelle (et dernière) enceinte ait été construite dans ces années de danger, c’est aussi le cas pour de nombreux villages et villes de la région, l’exemple le plus fameux étant celui des remparts d’Avignon.

Tout cela fait qu’au début du XVeme siècle, le village paraît durement affecté, l’église est délabrée, la population se terre à l’intérieur de ses murailles…en 1471 il ne reste que 30 « foyers » apparemment bien pauvres (notons toutefois qu’un « feu » peut grouper plusieurs générations et plusieurs couples : c’est la famille au sens large). Pendant ce temps la seigneurie est passée des Sabran aux Agoult et, à partir de 1420, cette puissante famille provençale donne un nouvel essor au terroir. Foulques (ou Fouquet) d’Agoult, ami, conseiller et chambellan du roi René d’Anjou est un grand personnage : possédant une trentaine de seigneuries en Provence, riche et puissant, il marque notre région par trois grandes réalisations : - la constitution d’une Baronnie réunissant les villages de ce que l’on appellera bientôt « la Vallée d’Aigues » (à ne pas confondre avec le « Pays d’Aigues » beaucoup plus étendu). - l’aménagement d’un grand réseau hydraulique depuis les sources de Mirail et des Hermitans jusqu’au château de La Tour d’Aigues, en passant par les étangs de la Bonde et du Parc : 18 kilomètres d’aqueducs sur les territoires de 5 villages…assurant l’arrosage (on dirait aujourd’hui l’irrigation), le remplissage des douves du château et le fonctionnement de plusieurs moulins ! - enfin, la construction d’un vaste « château » autour du donjon : grande forteresse formant un quadrilatère dont on voit encore aujourd’hui la partie arrière avec ses deux tours rondes aux angles. Ce château, ample, richement décoré et meublé reçut la visite d’hôtes de marque dont, vraisemblablement, le fameux Roi René et sa seconde épouse la Reine Jeanne.

Carte postale 1901-EgliseFouquet d’Agoult est aussi le fondateur du couvent des Observantins au Tourel, (sur la route de La Tour d’Aigues à Pertuis).

Il encourage, d’autre part, l’extension du village et la remise en culture des terres abandonnées : à partir de 1487 de nouveaux baux témoignent de nombreuses constructions dans le « faubourg » et dans la campagne. Le village éclate hors des murailles désormais trop étroites et s’étend en direction de Pertuis formant un quartier que l’on appellera longtemps « la Bourgade ». Les premières bastides s’élèvent au milieu des champs.

Le redressement amorcé ainsi dans les dernières années du XVeme siècle se poursuit au XVIeme. La seigneurie passe, par mariage, des Agoult aux Bolliers-Cental et l’expansion démographique se confirme. Vers 1540 il y a 276 chefs de famille recensés et l’église, devenue trop petite, est agrandie de quatre chapelles latérales au nord.

Cette église reçoit un riche mobilier : la commande d’un grand retable, aujourd’hui disparu, en témoigne et surtout, la réalisation du superbe groupe sculpté, sans doute au début du siècle, qui représente la « Mise au tombeau du Christ » . Il nous est heureusement parvenu et vient d’être restauré. D’autre part, la communauté villageoise s’affirme et passe, dès 1505, une transaction avec le seigneur qui lui concède la totalité du terroir cultivable, l’usage de l’eau de l’aqueduc venant de la Bonde et de la terre « gaste » (bois, friches) pour les troupeaux en contrepartie du paiement d’une « tasque » représentant le 1 /7eme des récoltes. Cet accord sera revu en 1583 et la taxe alors transformée en une redevance fixe. Il faut dire que La Tour d’Aigues, en majorité catholique, est restée à l’abri de la persécution des Vaudois qui a ensanglanté la région avec l’expédition de Maynier d’Oppède en 1545.

Dessin Rigaud-Façade Au contraire le village prospère et son château se transforme. Il est agrandi et embelli par Jean Louis Nicolas de Bolliers (ou Bouliers) qui fait édifier la magnifique demeure Renaissance dont nous admirons encore les vestiges. Pour cela il fait abattre la façade et les deux tours d’angle, face au village, et les remplace par les superbes pavillons à bossages et le portail d’entrée en arc de triomphe qui ouvre sur une grande cour d’honneur aménagée devant le donjon et ornée de majestueux portiques latéraux. Ce château, qui n’a rien à envier aux constructions de l’Ile de France, reçoit, la visite de François Ier en 1537, ce roi a déjà octroyé au village, en 1515, un droit de marché hebdomadaire et deux foires annuelles. Plus tard, en 1579, la reine Catherine de Médicis y viendra aussi et ce sera l’occasion de superbes fêtes avec feux d’artifice !

Dessin Rigaud-Donjon Cependant, la deuxième moitié du XVIème siècle est plus troublée. A partir de 1560 la France est déchirée par les guerres de religion entre protestants et catholiques : La Tour d’Aigues n’est pas épargnée. Si, en 1562, les Protestants se repliant de Pertuis vers Sisteron traversent le terroir sans grands dommages, la fin du siècle est plus difficile. En 1586 le vicomte de Cadenet, marquis d’Oraison et chef des Huguenots prend La Tour d’Aigues…de nouveau l’insécurité règne et la campagne n’est plus protégée. Le paroxysme est atteint pendant les guerres de la Ligue où s’affrontent les ultra- catholiques opposés à l’accession au trône d’Henri de Navarre ( le futur Henri IV encore protestant) et les partisans de ce dernier (héritier désigné du roi Henri III assassiné en 1589). La Tour d’Aigues est alors entre les mains de la « ligueuse » Chrétienne d’Aguerre, comtesse de Sault, qui a succédé aux Bolliers-Cental. En décembre 1590 le duc de Savoie, son allié, s’y installe. C’est à partir de La Tour d’Aigues qu’il entreprend le siège de Pertuis resté fidèle au roi…ce siège échoue, plus d’ailleurs à cause de la rigueur de l’hiver que des engagements militaires, mais attire sur le village de terribles représailles… le duc de Savoie doit quitter la place, laissant une garnison, et, en août 1591, le gouverneur du roi, La Vallette, reprend de force La Tour d’Aigues qui est alors le théâtre de quinze jours de violence, de pillage et de saccage. L’église, où femmes et enfants se sont réfugiés, est cependant épargnée, sur l’ordre exprès de La Valette. Ces épisodes belliqueux se terminent avec l’abjuration d’Henri IV en 1593 : il est alors reconnu partout comme le roi légitime. Les dernières années du XVIeme siècle ont donc été difficiles pour le pays, d’autant plus qu’une épidémie de peste, très virulente, s’est ajoutée aux troubles en 1586-87.

Le XVIIeme siècle est plus paisible. La croissance démographique du village témoigne de son essor et l’église, de nouveau trop petite, est encore agrandie. Dans le premier tiers du siècle trois chapelles latérales au sud et une cinquième travée à l’ouest sont ajoutées. La seigneurie passe, par mariage, de Chrétienne d’Aguerre aux Créqui-Lesdiguières et le château connaît de nouveaux embellissements. De grands personnages y sont reçus, entre autres, la duchesse de Mercoeur, épouse du gouverneur de Provence et le cardinal Antoine Barberini, neveu du pape Urbain VIII (exilé par le successeur de ce dernier, Innocent X…). Le village continue de s’étendre hors des anciennes murailles, les bastides se multiplient dans la campagne, quelques belles façades et portes d’entrée témoignent de l’enrichissement d’une partie au moins de la population. Le mobilier de l’église en est un autre signe : retables, tableaux, statues et, en particulier, la magnifique chaire de bois sculpté montrent la vitalité des confréries et l’importance des dons faits à la paroisse. D’ailleurs, un dernier agrandissement, et non le moindre, marque l’édifice au tournant du siècle : la 5eme travée, construite depuis peu à l’ouest, est abattue pour faire place à un grand massif trilobé surmonté d’une coupole au centre et destiné à abriter le nouveau choeur…signe qu’un espace plus grand est nécessaire et surtout qu’on ne lésine pas sur les moyens pour l’aménager.

Au XVIIIeme siècle l’augmentation de la population se poursuit. La peste de 1720 épargne le village alors qu’elle touche sévèrement Pertuis et, surtout, Cucuron. En 1727 La Tour d’Aigues compte 1007 propriétaires (dont 896 résidents). Il y a 454 parcelles bâties et 80 bastides sur le terroir. La croissance démographique continue tout au long du siècle et la population atteint 2286 habitants en 1765. Les délibérations communales nous transmettent le souvenir de quelques évènements importants pour la communauté villageoise. Ainsi, en 1711, le 6 Juillet, lors d’un terrible orage de grêle, les habitants se réfugient dans l’église et font le voeu d’aller en procession à la chapelle Saint-Christophe (ce dernier est le saint patron protecteur du village) « annuellement et perpétuellement » : c’est l’origine de la « messe du voeu » célébrée lors de la fête « votive ». En 1752, une nouvelle « maison de ville » est achetée mais ce n’est pas l’hôtel de ville actuel qui ne s’installera dans les locaux du prieuré de Notre-Dame de Romégas qu’en 1791 après la vente de ce dernier comme bien national. Autre grande décision : en 1771, la communauté, pour des raisons d’hygiène, décide de transférer le cimetière hors du village (il était toujours, depuis le Moyen Age, au sud de l’église, au lieu de la place actuelle). Au seuil de la Révolution La Tour d’Aigues est un village essentiellement agricole : la vigne arrive, comme aujourd’hui, en tête des cultures (48% de la surface cultivée), devant les terres labourables (26% avec surtout du blé et du seigle), puis les terres arrosables, prés et jardins (15%) et, enfin, les vergers (11%)…remarquons toutefois que beaucoup de terres sont alors « complantées » c’est-à-dire que l’on y pratique plusieurs cultures simultanément (des légumes sous les arbres fruitiers par exemple). Signalons aussi une culture « industrielle » : celle du chanvre. L’activité textile (chanvre, laine) est, en effet, importante dans le village, la « rue des tisserands » en garde le souvenir. En 1790 il y a 24 tisserands et 7 tailleurs à La Tour d’Aigues. L’élevage des vers à soie se développe et alimente quelques filatures (il y en a 4 en 1808).

Depuis le début du XVIIIeme siècle, la baronnie appartient à la famille des Bruny qui l’ont achetée en 1719. Ce sont d’anciens négociants marseillais, enrichis et anoblis. Ils entreprennent d’importants travaux autour du château : réaménagement des jardins et parterres au nord et à l’est : le château est doté d’une orangerie, de serres, d’une ménagerie, tandis qu’un grand canal, propice aux fêtes nautiques, est creusé dans le parc et remplace l’étang comblé. C’est aussi à cette époque qu’une faïencerie ouvre ses ateliers, elle ne fonctionnera que quelques années mais a produit de très belles pièces dont des spécimens se trouvent aujourd’hui au Musée départemental des Faïences installé dans les caves du château. Le dernier baron, Jean-Baptiste-Jérôme de Bruny est aussi un savant, curieux d’expériences agronomiques, collectionneur et amateur d’art, il reçoit à La Tour d’Aigues d’illustres voyageurs qui laisseront des descriptions éblouies du domaine.

Chasse au renardCependant ce seigneur « éclairé », esprit curieux et ouvert, se montre paradoxalement très exigeant envers la communauté villageoise. La tension monte tout au long du XVIIIeme siècle, les contestations et procès se multiplient : pour le droit d’arrosage, les paiements des multiples impôts, l’accès à la chapelle Saint-Christophe située dans le parc seigneurial…tout est sujet à contestation, chicane …d’appel en appel les procès s’éternisent et les relations se durcissent. Lorsque la Révolution éclate, le château, déjà endommagé par un incendie accidentel en 1780, devient la proie de la colère populaire. Le feu y est mis le 14 septembre 1792 : il brûlera pendant plusieurs jours et restera en ruine. Au siècle suivant, abandonné, il se transforme en une « carrière » commode pour les habitants et les pillages achèvent sa dégradation.

Classé monument historique en 1883, il est acheté par le département de Vaucluse en 1897. Sa restauration partielle, entreprise par le Conseil Général, a permis son ouverture au public en 1985 et le château de La Tour d’Aigues est devenu le siège du Musée des Faïences et le cadre de manifestations culturelles dignes de son prestigieux passé.

Illustrations fournies par le Musée départemental des Faïences, Conseil général de Vaucluse.

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